Histoire d'un homme

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Histoire d'un homme

Message par Oragie le Mar 9 Sep - 20:09

Oragie vint au monde dans un petit village. Bien que garçon, il reçut un nom de femme. Car les hommes et femmes de légendes sont la source de bien des croyances, légendes et autres superstitions. Et si donner à un enfant le nom d’une de ces femmes pouvait l’aider, il se contenterait de ce qu’il avait sans s’en plaindre.
Oragie eut une enfance heureuse. Il fut éduqué par son village autant que par ses parents, car après tout, dans les rases campagnes du monde, le village est autant une famille qu’un groupement de maisons. Mais toute chose doit arriver à une fin un jour ou un autre.
La fin de l’enfance d’Oragie fut lorsqu’un homme de la ville passa au village. Ce qu’il proposa à ses parents, Oragie ne le saurait jamais. Mais il fut envoyé en ville avec la promesse, de la part de ses derniers, que cet homme le rendrait heureux en lui prodiguant une bonne éducation et en le traitant comme son propre fils, lui qui était riche. Oragie avait entendu parler de cette pratique. Des hommes riches et ne pouvant avoir d’enfants de la ville achetaient les enfants de pauvres campagnards qui en avait déjà plusieurs en échange d’une forte somme d’argent. Ce n’était ni une chance, ni une malédiction. C’était simplement le monde tel qu’il est. Les parents d’Oragie auraient de l’argent et une bouche en moins à nourrir, l’homme de la ville aurait un enfant à présenter à sa femme, et Oragie vivrait dans le confort. Tout le monde y trouvait un avantage.

Mais ça ne se passa comme ça.

L’homme de la ville était peut-être honnête, Oragie ne le saurait jamais. Car il mourut avant d’y arriver. Quant à Oragie, il ne dut sa survie qu’au fait que les trafiquants d’esclaves qui avaient attaqué le duo soient intéressés par une main d’œuvre que personne ne rechercherait jamais.
Oragie travailla comme esclave jusqu’à ses dix ans dans une plantation souterraine, qui produisait de la drogue qui était ensuite redistribuée dans les villes. Mais ce réseau était dangereux, car la drogue qu’il vendait était loin d’être naturelle, et permettait aux démons de prendre peu à peu place dans les villes où les drogués étaient nombreux. Ce fut une troupe de guerriers, menés par un exorciste nommé Xenophales, qui découvrirent le pot aux roses. Lorsque le réseau fut démantelé, Oragie fut libéré, et placé dans un orphelinat qui comptait à peine une dizaine d’enfants, dans un village nommé Valombre.

C’est là qu’il fit une rencontre qui allait changer sa vie.
Oragie, la vraie, celle dont il portait le nom. Surnommée par tous La barde de Valombre, elle s’occupait de l’orphelinat.
Des années qui se passèrent sous sa direction, Oragie ne garderait que de bons souvenirs. Elle lui contait souvent les exploits des guerriers de légendes qui affrontaient des dragons et sauvaient des vies, tout en lui relativisant les exploits, en le poussant à être réaliste… Et elle lui apprit à manier Silverhead, son marteau. De tous les enfants de l’orphelinat, c’est de lui qu’elle se sentit le plus proche, incontestablement. Peut-être leur prénom commun y était-il pour quelque chose.
Oragie fut également éduqué par les sœurs d’Oragie, première du nom. L’une d’elle, Colombe, tenta de lui apprendre des rudiments de pistage, mais c’était là une discipline qui n’intéressait guère le jeune garçon. Une autre, Alustriel, eut plus de succès en lui enseignant quelques tours magiques qui pourraient lui sauver la vie au combat, car lorsqu’elle lui enseignait la magie, il était déjà clair qu’il serait plus tard un combattant.

Lorsqu’il fut prêt à partir, sa mère adoptive lui remit ses armes, son armure, et plus que tout le médaillon qui lui porterait secours à bien des occasions.

Mais le premier voyage d’Oragie se passa étrangement. Il fit la connaissance d’Uthoroth, un jeune paladin qui comme lui en était à sa première fois seul sur la route. Ensembles, ils marchèrent quelques jours, avant d’affronter des bandits. Ces derniers, nombreux, faillirent prendre l’avantage, et les jeunes gens ne durent leur survie qu’à l’intervention d’un elfe noir nommé Asarith Lune-Pâle.
Ce dernier, pour des raisons connues de lui seul, décida de consacrer son temps à l’éducation de ces gamins qu’il avait rencontré. Plus tard, Oragie penserait qu’il devait avoir été amusé d’apprendre à un paladin, supposé incarner la vertu, les arts de la cruauté.
Mais Oragie lui-même ne rejeta pas pour autant cette éducation.
« Ne soyez-pas effrayé par mes méthodes, elles marchent. »
C’était la devise d’Asarith, qui voyagea plusieurs mois avec Oragie et Uthoroth. Les deux jeunes gens purent voir, durant cette période, toute la cruauté et la froide détermination des elfes noirs à l’œuvre. Asarith commit d’abominables meurtres sous leur yeux simplement pour le plaisir de tuer, et Oragie s’éloignait lorsque cela arrivait. Mais d’un autre côté, il leur apprit à ne pas craindre la brutalité pure, car les jeunes gens comprirent vite qu’elle était la clé pour vaincre aisément les ennemis.
« Un homme chevaleresque sera suivi par des centaines d’autres hommes, disait Asarith. Un homme craint fera fuir ses ennemis. »
Et cela était vrai, Oragie devait bien l’admettre.
« Les hommes se doivent d’être caressés ou occis, disait Asarith, car ils se vengent des petites injures, mais des grandes ils ne peuvent. »
Et en effet, si la mise à mort n’était pas systématique, Oragie apprit bien vite que paradoxalement, plus on se montrait impitoyable lorsqu’il s’agissait de châtier un ennemi, plus il respectait la décision du vainqueur. Oragie aurait supposé l’inverse : il pensait qu’en se montrant clément, il pourrait se faire respecter de ses ennemis. Mais il comprit bien vite qu’il ne serait respecté que de ses alliés. Alors, il prit une décision : il adapterait l’enseignement d’Asarith à ses critères, et notamment à la douceur de sa mère adoptive.
« Mon dernier enseignement, mes élèves, dit un jour Asarith, car demain je m’en irais et je vous laisserais à jamais : les Hommes font l’erreur d’être souvent trop bons. Mais leurs dirigeants doivent savoir ceci : il est nécessaire au roi qui souhaite se maintenir qu’il apprenne à être mauvais. »
Oragie réfléchit longtemps là-dessus, et trouvait des arguments pour et contre cette déclaration. Il choisit de l’ignorer, car s’il était vrai qu’un bon roi était plus vulnérable en cas d’attaque, il s’assurait aussi la fidélité du peuple. Et cela était important.

« Un royaume plein de cadavre n’est d’aucune utilité à un tyran, dit-il un jour à Uthoroth.
-Je crois au contraire, dit ce dernier, qu’Asarith ne nous a pas tout dit.
-Que veux-tu dire ?
-Je pars pour les cités des elfes noirs. Adieu, mon ami. Je compte suivre leur enseignement jusqu’au bout. »

Oragie laissa partir Uthoroth, sachant intérieusement qu’ils se reverraient le jour de leur affrontement. Un affrontement qui ne se solderait que par la mort. Puis il continua sa marche. De l’enseignement d’Asarith, il garda des méthodes froides mais efficaces, mais au fond de son cœur, il savait ces méthodes mauvaises.
« Ne soyez pas effrayés par mes méthodes, elles marchent. »
C’était une bonne devise, et il la fit sienne.
Puis il arriva dans un village qui jouxtait une arène de combattants…
C’est ici que s’achève son histoire… Ou plutôt qu’elle commence.
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Oragie

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